C’est pas si simple !

Pourquoi les start-ups peinent à “craquer” le local

R.A.S.

La première raison expliquant les échecs entrepreneuriaux ces dernières années dans le secteur du local est que le secteur du local en B to B n’existait pas (ou peu!). Pas facile de trouver la bonne offre quand on s’adresse à des producteurs et des acheteurs qui n’ont pas de besoins et qui se débrouillent très bien sans nous. Jusqu’à la période post covid, le local se constituait principalement de relations humaines très fortes sur des écosystèmes géographiques très restreints. En gros, un local ultra-local et ultra personnalisé dans lequel il y avait peu de place pour les changements d’usage ou le développement de nouvelles activités. Ce local perdure et perdurera toujours mais constitue un tout petit marché qu’il est probablement plus sage de laisser vivre sa (belle) vie.

Alerte tsunami

Depuis le Covid, à la vague de local en B to C a succédé une vague de demandes en B to B. Une grande partie des acheteurs de l’alimentaire se tournent désormais vers la relocalisation de leurs approvisionnements. Et à un rythme inédit (parole de nanas sur le terrain depuis 2016!). Sauf que cette demande ne ressemble pas au local historique: elle est hétérogène, faite d’acteurs très différents aux besoins non moins différents. En face? Une offre pour l’instant très insuffisante, souvent peu adaptée à ces nouveaux besoins, et une incertitude: à quoi ressemblera le secteur dans 3, 5 ans et comment résorber le gouffre entre les objectifs chiffrés de tous ces nouveaux demandeurs et la réalité actuelle ?

La pensée complexe

Pour comprendre la complexité du local en B to B il faut avoir échangé avec tous ses acteurs, ces opérateurs du local. Producteurs, transformateurs, débouchés professionnels, facilitateurs en produits locaux, institutionnels ou encore prescripteurs. Ils sont tous reliés désormais au “local” mais en ont tous une définition différente, des attentes différentes, sont soumis à des contraintes diverses etc etc. C’est évidemment cette complexité qui fait la richesse du local et la nier ne fait que précipiter l’échec ou la frustration. Il faut composer avec, et bien la connaître. Il n’existe donc pas “un” local, ni “un” service à déployer pour le faire exploser, mais une approche terrain et pragmatique à tester et dérouler sur chaque besoin de ce secteur.

Rencontre du 3ème type

Face à ce secteur en plein boum, la tentation est souvent grande d’utiliser de vieilles recettes qui simplifieraient la vie de tous. En logistique, en relations commerciales ou en ventes, encore une fois le secteur du local qui émerge ne ressemble pas à l’ancien et ne ressemble pas non plus au secteur du non local. Il faut pour l’appréhender probablement adopter un regard neuf, se défaire de ses vieux réflexes et se poser une question essentielle: quels sont les besoins de chacun de ces acteurs pour que la mayonnaise prenne ? L’innovation sur le local ce n’est pas juste des algorithmes ou la miniaturisation de l’existant des chaînes longues, c’est adopter une vision innovante et développer des solutions qui prennent en compte des spécificités uniques à ce secteur: l’hétérogénéité de ces interactions, l’absence de standard et la prévalence des relations humaines. 

A vos grattages de tête !

L’équipe full humilité de La Charrette

Pourquoi les transformateurs se réapproprient leur logistique?

Petit traité de différenciation.

Dans le monde logistique dans lequel nous vivons, la brique logistique (ramasse, préparation, livraison) est opérée de façon industrialisée par des acteurs que vous ne connaissez pas, faisant naître des aléas que vous ne maîtrisez pas (comment ça ma palette a “DISPARU” ???). Sauf qu’une douce révolution est en marche. Car ces opérations logistiques invisibles ne correspondent plus aux attentes d’un secteur qui évolue très vite: le local! Et notamment le secteur des transformateurs locaux. 

Ces derniers ont créé une identité pour leurs produits, qu’ils ne veulent pas voir gommée par l’opérateur logistique. Ils ont des demandes spécifiques concernant la façon de préparer, transporter et livrer leurs produits. Ils cherchent plus que des logisticiens, ils cherchent des partenaires qui vont pouvoir être des ambassadeurs de leurs produits, en parler et remonter des besoins. Ils veulent pouvoir intervenir en cas d’anomalie, arbitrer eux-mêmes sur la marche à suivre. Ils veulent enfin que ce partenaire logistique représente aussi leurs valeurs, emploie des salariés justement rémunérés et s’inscrive dans le temps. 

Bref, ils savent que les personnes qui vont être en contact avec leurs fournisseurs comme leurs clients, ce sont ces logisticiens, et que la qualité de leur service va être déterminante sur l’adhésion à leur marque ou projet. Ce service ne doit plus être invisible mais au contraire, être vécu comme un atout commercial.

C’est pour répondre à ces questions que nous avons créé La Bourse de Fret du local, sur laquelle les acteurs du local trouvent des logisticiens professionnels formés aux enjeux du local: transporteurs professionnels, mais aussi transformateurs ou facilitateurs qui établissent de beaux partenariats logistiques. 

Dîtes-nous qui vous cherchez, on fera tout pour vous trouver la pépite 😉

3 conseils pour déléguer sa logistique locale

Vous livrez vos produits à des professionnels? La logistique locale est un art que tous les logisticiens ne maîtrisent pas de la même façon. Voici nos trois conseils pour sélectionner votre partenaire pépite et déléguer votre logistique en toute confiance:

Pas de sous traitance !

En effet, pour garantir la qualité de service de vos livraisons, privilégiez des transporteurs avec qui vous travaillez en direct, sans intermédiaire. Il est capital de connaître l’ambassadeur qui livrera vos produits, de pouvoir communiquer avec lui et qu’il puisse communiquer facilement avec vous. Plus la chaîne de responsabilité et d’information sera courte, plus votre logistique sera fluide et les incidents gérés en temps réel et sans amertume.

Un bon relationnel

Successeur du conseil numéro un, connaissez vos transporteurs! Communiquez régulièrement avec eux car ce sont eux qui sont en contact avec vos fournisseurs et/ou vos clients. Ils sont en mesure de vous remonter des informations précieuses sur votre chaîne logistique. Vous pourrez également vous appuyer sur eux pour communiquer sur votre activité auprès de vos clients.

Des capacité d’évolution et de la flexibilité

Votre activité va évoluer et toujours demander des ajustements. C’est pour cela que si vous avez appliqué les deux premiers conseils, vous pourrez également grandir ou faire grandir votre partenaire en même temps que vous. Peut-être qu’il acceptera de mettre en place des modèles logistiques jusque-là inédits dans son entreprise? Peut-être qu’il pourra s’équiper pour coller à votre activité? Peut-être même qu’il acceptera de rentrer dans une relation plus exclusive avec vous, via une prise de participation ou même une embauche! 

Ces relations de confiance avec les transporteurs, nous les voyons tous les jours 🙂 Sur notre Bourse de Fret, plus de 4000 transporteurs attendent de devenir votre prestataire et, surtout, votre PARTENAIRE en logistique locale. 

Qu’attendez-vous?

L’équipe de La Charrette, qui connecte avec bienveillance et professionnalisme

Lettre d’amour aux logisticiens …

Selon un article paru cet hiver dans Alternatives économiques, plus d’1,5 million de personnes en France travaillent dans les métiers de la logistique dans des conditions (très) souvent dégradées. La logistique, qui pourtant fait fonctionner toute notre société moderne, est invisible, dévalorisée et perçue comme une charge à réduire au maximum plutôt que comme une chance. Elle est aussi détournée au profit d’un monde qui exploite pour permettre des livraisons en 5 minutes d’un colis zara ou d’une sauce pesto. Du côté de la Charrette, on travaille avec des logisticiens tous les jours, on voit leur métier, on constate leur rôle majeur. Du coup, aujourd’hui, on avait envie de leur écrire une petite lettre d’amour, à nos héros mal-aimés en général, et en particulier aux logisticiens de notre communauté:

MERCI à tous les logisticiens qui se lèvent très tôt ou travaillent la nuit pour permettre à notre société d’être approvisionnée pour tous ses besoins,

MERCI à tous les logisticiens qui malgré les conditions souvent difficiles de trafic, de charges physiques, de contraintes de temps, d’escaliers pas prévus, de numéros non attribués, gardent le sourire à la fin de la journée,

MERCI à vous de prendre soins des produits locaux comme si vous les aviez produits vous-mêmes,

MERCI d’aider les producteurs qui n’avaient pas préparé leur commande à la finaliser,

MERCI d’arriver avec le sourire et un petit mot chez eux et de parler carottes et courgettes à leurs clients pour maintenir le lien malgré l’intervention de la livraison,

MERCI de la patience quand parfois les accès sont compliqués, quand il faut trouver l’interphone caché, l’arrière d’une cour ou d’une grange,

MERCI d’être de si bons professionnels que producteurs et clients vous laissent les clefs en toute confiance,

MERCI de toujours rendre tout “possible” lorsque l’on vous parle de modèles qui n’existent pas et de tester avec nous un nouveau monde,

MERCI de vos tarifs honnêtes qui rendent la logistique locale possible,

Merci pour tout, tous les jours, et soyez assurés que nous continuerons à défendre une logistique éthique, valorisée, au service d’un modèle d’approvisionnement responsable.

On vous kiffe et on vous retrouve sur notre Bourse de Fret évidemment… WE CAN DO IT !

Le tabou de l’intermédiaire

Il est désormais loin le temps où l’envie de manger local était l’apanage d’idéalistes chevelus rêvant de renverser l’ordre établi. Désormais sur toutes les bouches, le local est en passe de détrôner le bio dans la ferveur médiatique autour du bien manger. Mais qu’en est-il vraiment ? Quand est-ce que vous avez mangé local pour la dernière fois ?

Nous allons vous raconter la petite histoire de La Charrette, ou comment nous en sommes venues à penser qu’il faut déconstruire les croyances sur les circuits courts pour construire un avenir alimentaire plus radieux.

Le circuit court

Lorsque nous nous sommes créées en 2016, notre envie d’entreprendre dans les circuits courts était comme pour beaucoup portée par un souhait de « court circuiter » les modèles alimentaires existants. Nous avions l’image d’Épinal du circuit direct en tête : un producteur, livrant amoureusement ses carottes dans une cagette pleine de terre à la petite cantine du coin en prenant le temps de raconter au chef comment elles avaient poussé.  On trouvait cette image tellement belle qu’on en a fait notre première idée de service, en permettant aux producteurs de mutualiser leurs livraisons (à travers un site de colivraison). Producteur 1 et producteur 2 se rencontrent sur la Charrette, regroupent leurs cagettes dans un même véhicule, leurs volumes vendus en direct explosent, eux se déplacent deux fois moins et la planète est sauvée. Le plan était parfait. Sans accroc. Comme vous l’imaginez, ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça.

Déjà, des producteurs en circuits courts, il y en a très peu. Mais alors TRES peu. Là-dessus nous avons eu de la chance, en passant beaucoup de temps auprès d’eux sur le terrain nous avons regroupé une belle communauté autour de nous. Bon début. Mais ensuite nous avons réalisé que ces producteurs ne livraient pas vraiment leurs carottes. Dans l’écrasante majorité des circuits courts, les produits sont vendus à la ferme ou au marché.

Ah… Ça nous arrangeait pas ça…

Le rôle primordial de l’animateur

En 2019 nous avons donc décidé après plus de 2 ans de colivraison de repenser totalement notre approche de la logistique des circuits courts. On rabat toutes les cartes et on repart de 0. Ou presque, parce que l’on avait pour nous une large communauté de producteurs (presque 7000) et beaucoup d’expérience sur le terrain sur ce qui fonctionne ou non en matière de livraison de produits locaux. En échangeant avec notre communauté, voilà ce que l’on avait appris : les circuits courts existants sont marginaux, concernent plutôt le B to C et se font principalement à la ferme ou sur les marchés. Pour la vente aux professionnels, les producteurs attendaient de nous non seulement une solution logistique, mais surtout une solution clef en main pour aller toucher de nouveaux clients, gérer ces commandes (et les anticiper) et ensuite les faire livrer. En gros, les producteurs nous rejoignaient pour se développer en local mais ces développements passaient pour eux par des circuits plus structurés que le direct qu’ils font déjà (et continueront à faire !). Bref, structurer les circuits courts existants ultra localisés n’avait aucun sens.

 On a compris qu’on n’avait rien compris. Mais on est coriaces et on disposait de deux atouts de poids : des communautés de producteurs et de pro des circuits courts autour de nous, et une connaissance du terrain. C’est comme cela que nous nous sommes rapprochées de ceux que l’on appelle les « intermédiaires », c’est-à-dire tous les acteurs qui organisent des flux entre des producteurs locaux et des acheteurs professionnels, qu’ils fassent de l’achat revente ou non, disposent d’une plateforme physique ou non, soient des structures juridiques propres ou des regroupements de producteurs. Peu importe, pour nous désormais les choses étaient claires : il fallait œuvrer aux côtés de ceux qui organisent les commandes pour apporter une logistique à ces systèmes-là et proposer aux producteurs et aux acheteurs pro (magasins, restaurants etc.) un système clef en main de la gestion et anticipation de commande jusqu’à la livraison.

C’est ce chemin qui depuis 2019 nous a conduit à développer une grande communauté de transporteurs indépendants formés spécifiquement aux enjeux des circuits locaux. Nous les mettons en relation avec les intermédiaires qui se développent et recherchent désespérément des partenaires logisticiens fiables et adaptés à leurs besoins assez inédits pour les transporteurs plus traditionnels.

Et ça fonctionne. La logistique qui naît de ce duo intermédiaire/La Charrette a un coût maitrisé, répond aux enjeux des circuits locaux (relationnel, agilité etc.), et elle permet de développer de vrais flux locaux.

L’invention de nouveaux modèles d’intermédiaires

Nous avons donc tiré comme leçon de cette évolution de notre propre activité qu’il fallait cesser de vouloir dupliquer les modèles des circuits directs à grande échelle car ils sont souvent destinés à des acteurs très engagés et ne pourront pas devenir le modèle majoritaire. Il faut repenser notre vision des circuits locaux, sortir de l’image d’Épinal de circuits qui, s’ils satisfont beaucoup de producteurs et de consommateurs, sont souvent des circuits courts ou le temps n’est pas compté côté producteur comme côté client et qui pour cette raison ne se développeront pas de façon massive. Nous avons arrêté de parler de circuits courts pour nous tourner humblement vers des circuits « locaux et éthiques ».

L’avenir de ces circuits locaux dépend de ceux qui aujourd’hui inventent de nouveaux modèles structurés et professionnels, qui permettent aux producteurs comme aux débouchés professionnels de faire du local sans devenir des logisticiens. Le mot « intermédiaire » fait peur, il est associé à une mauvaise répartition de la valeur et à beaucoup d’opacité. Soit. Pourtant, le constat sur le terrain est sans appel : rien ne prend de l’ampleur sans un acteur qui anime la relation producteurs/acheteurs. Nous devons inventer de nouvelles formes d’intermédiaires. Les intermédiaires avec lesquelles nous travaillons partout en France travaillent localement, dans un partenariat de juste rémunération avec les producteurs tout en permettant une massification et donc des prix à l’arrivée acceptables pour les acheteurs professionnels et une logistique efficace. Ces intermédiaires sont rémunérés pour la valeur qu’ils apportent, ni plus, ni moins. Pour nous, ils ont tout compris.

Le local prend son envol et le pouvoir est de plus en plus du côté des producteurs qui ont le choix des systèmes de vente dans lesquels ils s’engagent. Il n’existe pas un modèle parfait mais des modèles, qui correspondent à autant d’envies et de façons de « faire » du local. L’important nous semble être de créer des modèles transparents, justes, et qui soient pérennes économiquement.

Si vous voulez poursuivre la conversation, n’hésitez pas à nous contacter :

contact@lacharrette.org,

 La Charrette, toujours moins de pétrole et plus d’idées : )

La vente directe en covid long

Les circuits courts sont morts, vive les circuits courts !

Vous n’avez rien contre un titre racoleur? Bien sûr que non les circuits courts ne sont pas morts. Mais ils évoluent, et plutôt très rapidement ces derniers mois. Voici notre petite analyse des tendances du secteur depuis la crise du covid, avec notre traditionnel angle logistique si agréable en bouche.

Nous la clamons sans cesse haut et fort: il n’y a presque autant de circuits courts que de producteurs. Nous ne reviendrons pas sur le terme “circuits-courts”, auquel nous préférons d’ailleurs “circuit local” puisque de toute façon il n’existe pas de formule claire pour décrire un circuit transparent qui valorise des productions le plus localement possible. Bref, parmi toutes les formes de circuits locaux, s’il en est une qui a du mal à reprendre son souffle depuis la fin de la crise du covid, c’est bien la vente directe. La vente directe, c’est la forme la plus développée et la plus “pure” de circuit local: le producteur vend et livre directement son client, souvent un particulier (vente à la ferme, AMAP, Ruche Qui Dit Oui etc.). Cette dégringolade est d’autant plus brutale que les canaux de vente directe sont ceux qui ont massivement explosés durant la période covid et notamment au cours des différents confinements. Plusieurs articles sont revenus sur le constat et les causes de cette chute. 

De notre point de vue, cette diminution des ventes en direct s’explique paradoxalement par une structuration du secteur. En effet, la vente directe, si elle représente aujourd’hui l’écrasante majorité des ventes locales (notamment à travers les marchés de plein vent et la vente à la ferme), est un mode de commercialisation chronophage pour le producteur et pour le client. Nous sommes convaincues que ce canal de vente va continuer d’exister, comme il l’a toujours fait, mais qu’il se heurte à un plafond dans son développement et nous ne croyons pas à sa généralisation comme moyen de faire passer le local, selon l’expression consacrée, “à l’échelle”. Ce plafond de la vente directe, c’est le nombre de producteurs et de consommateurs acceptant de prendre le temps et l’énergie nécessaire pour réaliser les conditions d’existence de cette distribution. Or, la vague “locale” qui séduit de plus en plus de producteurs comme d’acheteurs (notamment des acheteurs professionnels) est plutôt composée d’acteurs désireux de faire du local sans perdre trop en confort par rapport aux circuits de distribution classiques. Pour les particuliers cela veut dire trouver du local en magasin, au restaurant, à la cantine, voire sur internet. Pour les professionnels, cela veut dire trouver du local sans gérer 500 références par téléphone avec autant de livraisons et une incertitude sur les disponibilités. Et, le plus important, pour les producteurs, cela veut dire valoriser plus localement leur production mais sans avoir à devenir un couteau suisse de la production jusqu’à la vente et la livraison. En résumé, plus de local, oui, mais un local structuré logistiquement. C’est en tous cas le constat que nous faisons auprès de nos communautés de professionnels.

Et la bonne nouvelle, c’est que cette structuration est en marche. Nous l’attendons depuis plus de 5 ans et voyons enfin le secteur se déployer réellement. Sur notre Bourse de fret nous continuons de voir des demandes pour des micros volumes à envoyer à tel ou tel professionnel dans le département ou dans la région, mais aussi de plus en plus de demandes pour mettre en place des tournées locales, avec des flux de plus en plus importants. Nous avons même dû élargir notre base de transporteurs formés au local car nous comptions jusqu’à présent principalement des transporteurs agiles en véhicule légers et que de plus en plus de clients ont des besoins en poids lourds! Quelle bonne nouvelle! C’est autant de production valorisée localement auprès de professionnels qui peuvent sereinement envisager ce nouveau mode d’approvisionnement.

Tout n’est pas prêt, le secteur se déploie gentiment et le frein pour l’instant est plutôt du côté des producteurs qu’il faut embarquer dans ces nouveaux modes de commercialisation (souvent des producteurs qui ne pratiquaient pas de vente en circuits courts). Mais la filière locale est bien là, en plein essor, et nous observons tout cela d’un œil excité et impatient. Au boulot!

L’équipe de la Charrette, qui roule qui roule…

« Professionnel de l’alimentaire cherche logisticien sérieux pour histoire durable »

Ou pourquoi le problème logistique des circuits courts est avant tout un problème relationnel.

Balayons d’ores et déjà les malentendus. Nous ne traiterons pas ici de la logistique de la vente directe, ce casse-tête absolu de l’optimisation des micros-flux composés des ventes des producteurs lorsque ces derniers vendent sans aucun intermédiaire. C’est un sujet que nous avons beaucoup étudié à La Charrette, pour en conclure il y a déjà plusieurs années qu’il représentait si peu de flux et de producteurs que toute idée de massification était illusoire.

Non, nous parlons ici du « local », ou des « circuits courts ou de proximité » qui se développent fortement sur la base d’un « intermédiaire » qui peut prendre toutes les formes possibles, du grossiste au groupement de producteurs en passant par la plateforme physique ou numérique. Ces acteurs que nous appellerons donc « intermédiaires » organisent la mise en relation entre des producteurs et des acheteurs.

Quel est leur problème ?

Ces intermédiaires opèrent localement des flux entre producteurs et clients professionnels (magasins, GMS, restauration collective ou commerciale etc.). Le problème est que qui dit local dit enjeux logistiques très spécifiques : la disponibilité, les volumes, distances, fréquence, conditionnement et autres tendances telle que la consigne font de la logistique des circuits courts une logistique bien à part, qui ne ressemble pas à une logistique de circuits longs miniaturisée (ce serait trop facile !). Du coup, les intermédiaires qui réussissent l’exercice difficile de générer des flux entre producteurs et clients se retrouvent face à une problématique de taille :  quel modèle logistique adopté et sur qui se reposer ?

  • « On n’est jamais mieux servi que par soi-même » ou comment les intermédiaires réinventent une logistique « amont » spécifique aux circuits courts

Clairement, une partie de la logistique, la logistique « amont », est opérée par les intermédiaires et il s’agit le plus souvent de leur plus-value. C’est vraiment à travers cette partie de la logistique qu’ils assurent et imaginent qu’ils créent de la valeur pour les producteurs et les clients de ces nouveaux circuits. Cette logistique amont prise en charge par l’intermédiaire, c’est souvent la gestion des flux financiers (le paiement entre les clients et les producteurs) et des flux d’informations (l’anticipation auprès des producteurs des futures commandes, le passage de commande etc.). Il peut donc s’agir d’une logistique totalement dématérialisée.

  •   « Votre livreur est passé mais nous n’étiez pas là »

L’un des gros problèmes se situe en aval de ces opérations réalisées par l’intermédiaire, sur la logistique « aval » : il s’agit de la ramasse et de la livraison, la gestion des flux physiques. Du fait des spécificités dont nous avons parlées concernant les volumes, conditionnement etc. des produits à ramasser chez le producteur et à livrer chez le client, les intermédiaires se retrouvent là aussi livrés à eux-mêmes car l’offre de transport capable de répondre aux enjeux du local est très limitée (euphémisme). C’est pour cela que bien souvent les intermédiaires démarrent leur activité en transportant eux-mêmes les produits et en gérant la ramasse ou en la laissant au producteur. Sauf que ce modèle résiste mal à l’accroissement des flux : il arrive un moment critique ou l’intermédiaire se pose la question de déléguer ce transport car sa valeur se trouve ailleurs. La majorité des grands réseaux ne peuvent répondre à cette demande et ceux qui y répondent le font parfois sans pouvoir maintenir le lien que l’intermédiaire a créé avec ses producteurs ou clients.

Mais vers qui se tourner ??

  • « Rencontre des logisticiens de confiance dans ta région »

C’est là que La Charrette intervient ! Ce que les intermédiaires recherchent ce sont des logisticiens ou transporteurs de confiance, rompus aux enjeux des circuits courts et capables d’adopter des modèles innovants et souples pour coller aux réalités des circuits courts. Ce qu’ils cherchent surtout, ce sont des personnes avec qui ils vont travailler durablement et en confiance pour les représenter auprès des producteurs comme des clients. Ce sont des partenaires, pas des livreurs.

Nous avons compris cela en 2019 après 3 ans à travailler sur la colivraison entre producteurs (on n’est pas vite vite). Depuis, nous développons un réseau de transporteurs indépendants que nous formons à ces enjeux et auprès de qui nous réalisons des entretiens pour comprendre s’ils sont prêts à vivre la grande aventure avec ces intermédiaires. Nous les formons également aux modèles logistiques qui pourront être mise en place et qui sont spécifiques au local : préparer dans le camion pour éviter une rupture de charge non nécessaire, mettre en place un cross dock entre deux camions de ramasse pour être le plus agile possible auprès des producteurs, prendre des temps d’échange avec les producteurs et clients pour connaître leurs contraintes etc.

D’un site de colivraison lancé en 2016 nous sommes devenus en 2019 un site de recrutement de transporteurs et logisticiens fiables et formés aux circuits courts pour les premiers comme les derniers kilomètres. Notre réseau compte aujourd’hui plus de 2000 transporteurs qui ne sont pas des sous-traitants de La Charrette mais bien des entreprises de transport, très petites entreprises la plupart du temps, que nous mettons en relation directement avec les intermédiaires qui nous en font la demande sur notre Bourse de Fret. Loin d’un modèle de sous-traitance, nous défendons le retour en grâce des transporteurs et logisticiens comme maillon à forte valeur ajoutée des circuits courts.

Bref, on a créé un site de rencontre parceque la logistique, finalement, c’est romantique.

Notre action ne s’arrête pas là. Nous avons réalisé en nous attaquant à ces questions de transport qu’il fallait mettre en avant les prestataires qui étaient adaptés aux enjeux du local. Mais c’est une autre histoire, que nous vous raconterons bientôt car de grandes nouvelles arrivent..

Pour trouver votre logisticien idéal c’est ici.

Et si vous souhaitez échanger ou en savoir plus, c’est .

Allez, nous vous souhaitons d’excellentes fêtes, à très bientôt !

L’équipe de la Charrette

Tournées Méninges

De la colivraison aux tournées: comment nous avons créé le premier réseau logistique pour les circuits locaux.

2021 s’ouvre sur une nouvelle ère pour La Charrette. Après nous être concentrées uniquement sur la colivraison entre producteurs nos deux premières années, nous développons également depuis 2019 des tournées auprès de transporteurs locaux indépendants un peu partout en France. En se retournant sur notre parcours en janvier dernier, nous avons réalisé que nous avions constitué le premier réseau logistique national consacré aux circuits courts. On ne vous dira pas que « tout s’est passé très vite », ni que le chemin restant à parcourir ne sera pas très long, mais quand même, cela mérite quelques lignes pour vous conter comment d’un acteur « mignon » de la livraison collaborative nous sommes passées à un logisticien à moustache.

Fin 2019, après un an à pister nos producteurs colivreurs sur notre nouveau site et 2 ans sur le terrain auprès d’eux pour mutualiser leurs livraisons, nous faisons le constat que les flux des circuits courts à optimiser sont peu nombreux. Certes, notre communauté de producteurs continue de grandir (nous sommes aujourd’hui près de 2000 !) mais il est alors évident que les produits locaux, très majoritairement vendus à la ferme ou sur les marchés, ne constituent que peu de flux.  La « vague » des circuits direct producteurs que nous attendions n’arrive pas et les producteurs s’inscrivent chez nous mais avouent attendre que de nouveaux débouchés les contactent pour envisager des livraisons. Il faut que nous réfléchissions, et vite, si nous voulons survivre et rester utiles.

Le salut vient alors, comme souvent, de notre communauté. Des acteurs « intermédiaires »(1) des circuits courts, qui entendent parler de nous par leurs producteurs fournisseurs, nous contactent régulièrement pour les aider à construire une logistique « premiers kilomètres ». Nous réalisons que nous avons développé, en plus d’une communauté solide de producteurs, une expertise précieuse de la logistique des premiers kilomètres. Le modèle idéal pour ces acteurs est la tournée : flexible, dédiée, elle permet de ramasser chez plusieurs producteurs et de livrer plusieurs clients en peu de temps et avec de petits véhicules. La colivraison entre producteurs n’est pas adaptée à cette demande, trop de contraintes pour imaginer structurer de vrais flux en demandant au producteur de faire une tournée. Il faut trouver… des transporteurs.

Bienvenue dans un nouveau monde. Au cours des années de colivraison nous avions entendu parler de beaucoup de transporteurs. Nous les contactons.  Nous visitons même leurs entrepôts (« sont pas beaux mes quais de chargement ? ») et faisons deux constats douloureux : le premier, c’est que nous aimons le monde austère et anti-glam de la logistique. Le deuxième, c’est que les transporteurs traditionnels ne sont pas adaptés pour gérer des flux locaux que l’on nous a confiés : les contraintes en termes de volume, fréquence ou de process pour enclencher un transport sont complètement HS face aux enjeux des circuits courts. Alors comme souvent, au lieu de faire un grand projet avec un gros acteur, nous commençons à créer de petites tournées avec des transporteurs indépendants. A défaut d’avoir un transporteur national permettant de déployer notre modèle, nous devenons un réseau national de transporteurs locaux qui sont ravis de stabiliser des jours de tournées et de transporter des cagettes et palettes de fruits/légumes/etc. plutôt que des cartons Amazon (cheers Jeff !).

Notre modèle est né. Alors oui, nous serrons les fesses lors de nos premières tournées. Mais ça passe. Plus encore, ça marche comme personne ne l’avait espéré, même pas nous : les producteurs appellent leurs « intermédiaires » pour vanter le contact avec le transporteur qui passe toutes les semaines, le prix de la tournée est hyper raisonnable et les conditions sont plus que souples avec des changements de dernières minutes faciles à inclure et une relation directe entre tous les acteurs. Ce modèle, nous l’avons depuis dupliqué, professionnalisé, amélioré et outillé (pas assez!). Avec toujours comme facteur clé de succès : des transporteurs indépendants, ultra pro, qui s’impliquent dans la tournée pour permettre de gros gains logistiques (préparer dans le camion pour livrer dans la foulée de la ramasse, utiliser des espaces de stockages créés au débotté, faire du « cross dock entre deux petits véhicules, aider les producteurs qui n’avaient pas vu leur commande etc. etc.). Nous comptons aujourd’hui près de 2000 transporteurs dans toute la France, que nous appelons nos « pépites », et à qui nous proposons les tournées que nous ouvrons pour nos clients.

Bref, en posant brique par brique, et en suivant les besoins des acteurs du terrain, nous avons constitué un réseau logistique adapté aux circuits courts, qui ne demande qu’à grandir, au fur et à mesure que les initiatives en circuits courts grandiront.

Nouvelle étape en ce début d’année : nous pouvons désormais croiser les différents flux pour les optimiser : mutualiser plusieurs tournées, les croiser avec les colivraisons etc. Ce sera l’objet d’un changement sur notre site, à venir très prochainement… 

L’équipe de La Charrette qui apprend en roulant.

(1) Par « intermédiaire » nous entendons toute initiative qui regroupe des producteurs et facilitent leur mise en relation ou la vente de leurs produits auprès de clients particuliers ou professionnels.

Photo: © CC0 / DanielaJakob