La vente directe en covid long

Les circuits courts sont morts, vive les circuits courts !

Vous n’avez rien contre un titre racoleur? Bien sûr que non les circuits courts ne sont pas morts. Mais ils évoluent, et plutôt très rapidement ces derniers mois. Voici notre petite analyse des tendances du secteur depuis la crise du covid, avec notre traditionnel angle logistique si agréable en bouche.

Nous la clamons sans cesse haut et fort: il n’y a presque autant de circuits courts que de producteurs. Nous ne reviendrons pas sur le terme “circuits-courts”, auquel nous préférons d’ailleurs “circuit local” puisque de toute façon il n’existe pas de formule claire pour décrire un circuit transparent qui valorise des productions le plus localement possible. Bref, parmi toutes les formes de circuits locaux, s’il en est une qui a du mal à reprendre son souffle depuis la fin de la crise du covid, c’est bien la vente directe. La vente directe, c’est la forme la plus développée et la plus “pure” de circuit local: le producteur vend et livre directement son client, souvent un particulier (vente à la ferme, AMAP, Ruche Qui Dit Oui etc.). Cette dégringolade est d’autant plus brutale que les canaux de vente directe sont ceux qui ont massivement explosés durant la période covid et notamment au cours des différents confinements. Plusieurs articles sont revenus sur le constat et les causes de cette chute. 

De notre point de vue, cette diminution des ventes en direct s’explique paradoxalement par une structuration du secteur. En effet, la vente directe, si elle représente aujourd’hui l’écrasante majorité des ventes locales (notamment à travers les marchés de plein vent et la vente à la ferme), est un mode de commercialisation chronophage pour le producteur et pour le client. Nous sommes convaincues que ce canal de vente va continuer d’exister, comme il l’a toujours fait, mais qu’il se heurte à un plafond dans son développement et nous ne croyons pas à sa généralisation comme moyen de faire passer le local, selon l’expression consacrée, “à l’échelle”. Ce plafond de la vente directe, c’est le nombre de producteurs et de consommateurs acceptant de prendre le temps et l’énergie nécessaire pour réaliser les conditions d’existence de cette distribution. Or, la vague “locale” qui séduit de plus en plus de producteurs comme d’acheteurs (notamment des acheteurs professionnels) est plutôt composée d’acteurs désireux de faire du local sans perdre trop en confort par rapport aux circuits de distribution classiques. Pour les particuliers cela veut dire trouver du local en magasin, au restaurant, à la cantine, voire sur internet. Pour les professionnels, cela veut dire trouver du local sans gérer 500 références par téléphone avec autant de livraisons et une incertitude sur les disponibilités. Et, le plus important, pour les producteurs, cela veut dire valoriser plus localement leur production mais sans avoir à devenir un couteau suisse de la production jusqu’à la vente et la livraison. En résumé, plus de local, oui, mais un local structuré logistiquement. C’est en tous cas le constat que nous faisons auprès de nos communautés de professionnels.

Et la bonne nouvelle, c’est que cette structuration est en marche. Nous l’attendons depuis plus de 5 ans et voyons enfin le secteur se déployer réellement. Sur notre Bourse de fret nous continuons de voir des demandes pour des micros volumes à envoyer à tel ou tel professionnel dans le département ou dans la région, mais aussi de plus en plus de demandes pour mettre en place des tournées locales, avec des flux de plus en plus importants. Nous avons même dû élargir notre base de transporteurs formés au local car nous comptions jusqu’à présent principalement des transporteurs agiles en véhicule légers et que de plus en plus de clients ont des besoins en poids lourds! Quelle bonne nouvelle! C’est autant de production valorisée localement auprès de professionnels qui peuvent sereinement envisager ce nouveau mode d’approvisionnement.

Tout n’est pas prêt, le secteur se déploie gentiment et le frein pour l’instant est plutôt du côté des producteurs qu’il faut embarquer dans ces nouveaux modes de commercialisation (souvent des producteurs qui ne pratiquaient pas de vente en circuits courts). Mais la filière locale est bien là, en plein essor, et nous observons tout cela d’un œil excité et impatient. Au boulot!

L’équipe de la Charrette, qui roule qui roule…

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